Anecdote de bikepacking : quand le train vire au cauchemar

Après le lancement du blog, voici donc le premier article officiel à paraître. Je sais, le titre n’est pas très jovial…Donc, oui au départ ce n’était pas le plan et je voulais vraiment attaquer avec quelque chose de bien sympa avec le petit tour réalisé cet été dans les Pyrénées (avec les Cévennes et un bout d’Ardèche) mais d’abord il me fallait revenir dans le temps sur un évènement majeur ayant eu lieu il y a maintenant plus de deux ans et qui a bouleversé beaucoup de choses. Si cette balade de vacance ne s’est effectuée que cette année, c’est en grande partie car elle aura auparavant été empêchée par ce que j’appellerais « une injustice de la vie », explications.

Le vélo paré pour l'aventure
L’Inferno paré pour les Pyrénées!

En effet, en Août 2022 je devais réaliser un circuit dans les Pyrénées (avec le vélo et l’équipement que vous voyez en tête d’article); seulement… Cela n’a pas pu se faire car rien ne s’est passé comme prévu.

Départ de la gare de Nantes le vendredi 12 Août au matin avec l’Intercités: direction le sud, terminus programmé: Carcassonne, le lieu de mon départ pour cette excursion pyrénéenne le lendemain, où j’avais réservé un AirBnB chez l’habitant! (Catherine, une personne retraitée qui aura été adorable durant mon (court) séjour malheureux non loin du centre ville). J’avais décidé de transporter mon fidèle destrier sous housse en mode démonté pour alléger le prix du billet (aussi car il n’y avait plus de places de disponibles en non démonté, du moins sur une partie du trajet[…])

Le vélo emballé dans sa housse de transport

Tout allait bien jusqu’au changement de train en gare de Bordeaux (il y avait une correspondance pour couvrir l’entièreté du trajet). Au départ de Bordeaux, le train Intercités que l’on devait prendre était un modèle de rame bien moins récent que celui emprunté juste avant pour partir de Nantes, c’est sûrement un détail en tant que simple passager avec une petite valise cabine, beaucoup moins avec un vélo démonté et tout l’attirail qui allait avec pour mener à bien des vacances de type bikepacking.

Premier soucis, le train qui arrivait à Bordeaux était en retard, donc le changement s’est fait dans la panique et la précipitation la plus totale, ainsi je montai dans la rame du mauvais côté (à l’avant): l’espace bagages (où j’étais supposé stocker mon vélo démonté) était de l’autre côté du wagon [Disons, à l’arrière dans le sens de la route]. Dans un premier temps je décidai de laisser le vélo à l’avant et de rester à cet endroit, sauf que nous étions en milieu d’après midi et il faisait très chaud dehors (au bas mot 35°C)

Deuxième soucis; la climatisation dans le train était quasiment hors-service (et complètement absente dans les espaces entre les wagons, là où je me tenais alors). Le ressenti était une chaleur étouffante; un vrai sauna; en 2 minutes chrono je me mis à transpirer à grosses goutes dans cet espace inter-wagon. Je dus me résoudre à rejoindre « l’espace passager » sans pouvoir surveiller le vélo dans un premier temps.

Troisième soucis: à un moment retentit une annonce du chef de bord:

Chef de bord:

« Le cycliste dont le vélo se trouve à l’avant du wagon est prié de le déplacer dans l’espace réservé à cet effet »

Je ne suis pas expert mais moi qui voulait être discret, on était sur un zéro pointé; je me mis donc en mouvement et partis déplacer mon vélo démonté; ce fut une galère sans nom pour traverser le wagon sans pouvoir le faire rouler et le mettre dans l’espace bagage de l’autre côté. J’allai me rassoir aussitôt car c’était le même topo que l’autre côté, la chaleur dans cet espace était infernale… Ainsi entre temps, tout le train avait pu entendre que je disposais d’un vélo, toute la rame m’avait vu le trimballer sous sa housse. Et donc je n’étais plus trop incognito…

Je fis moultes allers/retours pour vérifier que les gens n’entassaient pas leur(s) valise(s) sur le vélo, ma plus grande crainte était que quelqu’un abîme tout ou partie de ce qui touchait au dérailleur (et à raison: certaines personnes dans les trains ne sont vraiment pas précautionneuses quand il s’agit de faire attention aux affaires des autres, alors vous pensez bien qu’un tas de métal/ plastique est le cadet de leur soucis…). Sur le moment, il était entouré de bagages et l’ on ne pouvait y avoir accès sans déplacer tout un bordel, je rejoignis le wagon restaurant histoire de prendre un truc à grignoter. Je constatai au passage que des emplacements vélos dans un autre wagon étaient libres. Je me suis dit sur le moment qu’il aurait pu être bien de déplacer le vélo ici mais comme nous étions proche de la fin du trajet je n’en fis rien, je regagnai donc mon siège…

Enfin, arriva le moment fatidique où le train s’arrêta en gare de Toulouse; constatant la cohue pour descendre (et donc pour se déplacer dans le wagon): je décidai donc de rester sagement à ma place et de checker plus tard l’état de l’espace bagage avec le vélo, je n’étais plus complètement lucide à ce moment avancé de la journée, assommé par la chaleur dans ce train quasi sans rafraichissement. Et dans ma tête, jamais il ne me serait venu à l’idée que quelqu’un chourre le vélo en vitesse entre deux arrêts, et pourtant: C’est bien ce qu’il s’est passé.
Tandis que le train était reparti depuis 4-5 minutes, je me suis dit: « allons donc voir notre fidèle monture »… Une fois arrivé dans l’espace bagage, je ne vais pas vous cacher que j’ai fortement penser être mal réveillé. Il n’y avait plus rien dans cette espace: ni bagages…NI LE VÉLO. Peur et panique s’instillaient en moi en plus d’un total déni de la situation; est-ce qu’un des contrôleurs/euses avait déplacé le vélo? Pourquoi donc? Ça ne peut pas m’arriver juste avant d’arriver à bon port? « Mauvais rêve sans doute et dans quelques instants je vais me réveiller. »
Mais rien de tout ça; la seule contrôleuse que je trouvais dans le train me dit un peu désemparée: « regardez bien dans les autres wagons ». Sauf que vu la difficulté requise pour déplacer le vélo dans sa housse, il n’y avait pas trente six mille issues possibles.

Une très désagréable sensation de flottement s’emparaient de moi: j’avais une impression de détachement entre mon corps et mon esprit, j’étais dans un état de totale sidération. Il n’y avait malheureusement pas grand chose à faire, complètement désemparé, incrédule devant cette situation, j’allai me rassoir en attendant d’arriver à Carcassonne. On ne pouvait pas dire au train de faire demi-tour, ni l’arrêter en pleine voie et courir comme un glandu pour retourner à Toulouse; le voleur (ou voleuse?) devait déjà être bien perdu dans la nature

Finalement, arrivée à Carcassonne, je sortais du train et de la gare. Nous étions en fin de journée et le soleil tapait un peu moins, il éclairait « l’eau verte du Canal du Midi » (comme Claude Nougaro le chante dans « Toulouse » ).
Je n’avais plus pour seuls bagages que ma sacoche de selle, ma musette et mes papiers:

Et voilà, ça c’est moi comme un clampin avec ce qu’il me restait d’affaires…

J’avais laissé sur le vélo, les sacoches de cadres et de cintres avec les équipements, l’ électroniques et compagnie. Si l’on devait rapidement parler en terme comptable, au bas mot quatre mille euros s’étaient ainsi évaporé sans avoir bouger le petit doigt. L’argent, si long à gagner, si facile à dépenser et à perdre. Au délà de la valeur monétaire, c’était le coût sentimental, le temps passé au montage, aux réglages; j’avais en plus réalisé un positionnement « bike fit » chez un professionnel, tout ça était réduit à néant.

C’est complètement sonné et déboussolé que j’arrivais ainsi au logement de Catherine (elle louait une chambre en Airbnb, et je n’étais d’ailleurs pas le seul « visiteur », un couple de d’jeunes étaient aussi là en vacances). Dès mon arrivée, j’essayais de reprendre mes esprits et de trouver un plan B.
Bon, en l’état le seul plan valable; c’était un retour à Nantes en Blablacar; il n’y avait aucune viabilité possible à essayer de trouver une solution de remplacement pour faire quand même le circuit que j’avais prévu. J’avais en effet tablé sur un kilométrage très elevé à la journée (avec le recul, peut être un peu trop) Mais à ce moment là de l’année 2022 j’étais dans une forme physique olympique (bien meilleure qu’elle ne l’a jamais été, même sur les deux années qui ont suvi, je n’ai fait qu’approcher ce niveau ) mais pouvoir rouler beaucoup impliquait aussi d’avoir le bon vélo. La symbiose entre les deux éléments de l’époque était quasi parfaite; s’il y avait bien un moment où j’avais des certitudes sur les choix de mon matériel, c’était bien là. Depuis, j’ai essayé de me rapprocher de cette configuration mais le Cinelli que j’ai roulé les deux dernières année est un poil différent.
J’ai donc réussi à trouver un gars sympa en Blablacar qui allait jusqu’à Nantes, le rendez vous était le lendemain matin à la station Total. Le trajet en lui même s’est très bien passé et je me fis déposé juste devant chez moi, royal.

RIP

Voilà pour le gros de l’histoire, même si celle ci ne s’arrête pas complètement à ce moment là.
Il se passera ainsi quelques mois jusqu’à ce que je reçoive un message d’une personne sur Instagram un peu avant Noël avec des images où je reconnais instantanément mon vélo avec son équipement posé à proximité (les sacoches, la housse de transport, la chambre à air de secours encore scotchée au chaterton sur le cadre…), il s’agit en fait d’une photo d’une annonce sur Facebook Marketplace pour une vente dans un bled en Algérie (oui, vous avez bien lu):

« Le réveil du traumatisme »

Cette image est terrible, et j’en fait toujours des cauchemars; je sais que le vélo se trouve actuellement donc en Algérie et que quelqu’un l’a finalement acheté et roule probablement avec. Comment des gens ont-ils pu me contacter à ce propos? Et bien sur le cadre, étaient posés des Stickers avec mes noms et prénoms, de fil en aiguille, paf! On tombait sur mon compte Instagram. J’ai ainsi été prévenu de la vente, mais que faire? La police en France, m’a signifié qu’il n’y avait strictement rien à faire. Voilà, et c’est là que tout s’arrête; au moins j’aurais pu savoir ce qu’il en sera advenu.

Cette expérience malheureuse m’a laissé ainsi un souvenir très amer, et a altéré très fortement la positivité que j’avais à l’époque, je le regrette sincèrement car j’aurais préféré rester naïvement dans le monde des Bisounours (c’est peut être cela aussi grandir… être confronté à des épreuves dans vie). Et tous les prochains voyages en train ne seront plus les mêmes, un sentiment d’insécurité permanent les accompagneront désormais. Usuellement les vacances d’été sont parmi les meilleures moments qu’on pourrait passer dans l’année. Mais pour cette année 2022, ça ne sera pas le cas; je préfère me rappeler de la premiere édition de la MittelgebirgeClassique; qui fut un évènement incroyable par bien des égards (mais ce sera l’objet d’un prochain article!)

Pour cloturer cette annecdote; je vous laisserais sur une note musicale:


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